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Peut-on encore être un.e thérapeute authentique dans la société actuelle ?

Il y a des moments où l’on ne peut plus faire semblant.

Des moments où continuer “comme avant” crée un inconfort intérieur… Comme si quelque chose en nous demandait d’être réajusté.


Ces dernières semaines, je me suis faite plus discrète.

Non pas par manque d’envie. Mais parce que je ne me sentais plus totalement alignée avec ce que je voyais autour de moi… ni avec ce que je ressentais.

Comme si un nouveau voile s’était levé.

Comme si je percevais la réalité différemment.

Comme si, à un moment donné, il devenait nécessaire de tout remettre en question.


Trop de contenu. Trop de stratégies. Trop de publicité. Trop de présence… parfois déconnectée du sens.


Et une question, simple mais essentielle, s’est imposée à moi :

Comment rester une thérapeute authentique dans le monde actuel ?


Entre deux réalités


Aujourd’hui, je me sens entre deux mondes.

D’un côté, un travail alimentaire qui ne fait plus sens pour moi.

De l’autre, une activité de thérapeute que je construis avec cœur, engagement et intégrité…et que j’aimerais voir prendre pleinement sa place dans ma vie.


Mais entre les deux, il y a une tension.


Car aujourd’hui, accompagner ne suffit plus. Il faut aussi être visible. Se montrer au monde. Communiquer. Comprendre les codes des réseaux.


Et c’est là que quelque chose, en moi, a commencé à résister.

Non pas parce que la visibilité me dérange en soi…mais parce que je n’en vois pas le sens lorsqu’elle implique d’exposer ma vie personnelle pour attirer de potentiels patients.


Ma vie privée ne regarde que moi.


Même si elle a contribué à façonner la thérapeute que je suis aujourd’hui, je ne ressens pas le besoin de l’exposer pour légitimer ma capacité à accompagner.


Le monde de la thérapie… ou du marketing ?


Depuis quelques années, le monde de la thérapie et du bien-être explose.


Les formations se multiplient, souvent accessibles en ligne, rapides, parfois sans réel cadre. Le titre de “thérapeute” devient flou. Les repères aussi.

Et surtout…


Le soin devient un produit.

L’accompagnement devient une offre.

La relation devient un argument de vente.


J’observe aussi une forme d’effet de mode autour du développement personnel.

Comme si accompagner l’humain devenait, pour certains, une opportunité de marché. Un secteur porteur. Un espace où il est possible de créer, vendre, optimiser.


Et au milieu de tout cela…

il y a des personnes en souffrance.

En perte de repères.

En quête de sens.


Et cette réalité me questionne profondément.

  • À quel moment le soin devient-il un produit ?

  • À quel moment accompagne-t-on… ou vend-on une solution ?

  • Peut-on, parfois sans s’en rendre compte, commencer à faire de l’argent sur le mal-être humain ?


Je ne dis pas que tout est à rejeter.


Il existe des accompagnements profondément justes, incarnés, transformateurs. Des thérapeutes engagés, formés, conscients.


Mais je ressens qu’il y a une dérive possible. Un glissement subtil entre accompagner… et performer.


Je me questionne aussi sur les conséquences.

Sur les dégâts invisibles que certains “pseudo-thérapeutes” peuvent engendrer, souvent sans même en avoir conscience.


J’ai déjà reçu en cabinet des personnes ayant consulté ailleurs…et qui en sont ressorties plus fragilisées qu’elles ne l’étaient au départ.


Et cela, oui… ça fait peur. Vraiment peur.


Et l’intelligence artificielle dans tout ça ?


Un autre élément s’invite désormais dans cette équation : l’intelligence artificielle.

Aujourd’hui, il est possible de créer des contenus entiers en quelques secondes. Des textes, des offres, des accompagnements structurés.

L’IA est un outil puissant. Mais elle peut aussi participer à une forme de standardisation.

Des discours qui se ressemblent. Des contenus optimisés… mais parfois désincarnés. Une impression de profondeur… sans toujours le vécu derrière.


Alors une question se pose :

Quelle place reste-t-il pour l’humain, le ressenti, la présence réelle ?


L’IA peut être une aide, un support.

Mais elle ne remplacera jamais l’expérience, l’intuition, la présence humaine.


Récemment, j’ai été confrontée à une formation en constellations familiales proposée à un prix dérisoire.

Une formation sans réelle structure, sans profondeur, avec des supports qui semblaient entièrement générés automatiquement.


Et pourtant… les personnes ayant suivi cette formation en ressortent avec une “certification”.


Quand on connaît la complexité et la responsabilité que demande ce type d’accompagnement, cela questionne profondément.

Car dans certaines pratiques, notamment systémiques, les conséquences peuvent être réelles.


Se rendre visible… sans se perdre


Ces derniers temps, j’ai ressenti le besoin de prendre du recul.

Je me suis faite plus discrète sur les réseaux.

Non pas par retrait. Mais par honnêteté.


Parce que je ne me sentais plus alignée avec certaines manières de communiquer. Avec cette impression qu’il faut se montrer, se lisser, se répéter… pour exister.


Je ressens profondément le besoin de rester authentique.

De ne pas me transformer en image. De ne pas devenir un produit. De ne pas adapter mon message uniquement pour plaire ou performer.


Alors j’observe. Je me questionne. Je ralentis.

Non pas pour disparaître.Mais pour revenir avec plus de justesse.


Des questions plus larges que moi

Ce que je traverse dépasse mon propre parcours.


Cela soulève des questions plus larges, presque sociétales :

  • Le marché de la thérapie est-il en train de devenir un outil marketing ?

  • Les thérapies alternatives perdent-elles leur sens… ou évoluent-elles ?

  • Qu’est-ce qu’un “bon thérapeute” aujourd’hui ?

  • Est-ce la profondeur du travail… ou la visibilité qui fait la différence ?

  • Que viennent réellement chercher les personnes : une transformation… ou une promesse ?

  • Peut-on accompagner sans entrer dans les codes du marketing moderne ?

  • Et surtout : comment rester aligné sans se perdre ?


Et si l’authenticité était un autre chemin ?

Peut-être que l’authenticité n’est pas la voie la plus rapide.

Peut-être qu’elle demande de ralentir. De douter. De se repositionner.

Mais peut-être aussi… qu’elle permet de construire quelque chose de plus vrai.

De plus profond.

De plus durable.


Je n’ai pas encore toutes les réponses.

Je suis en chemin. En réflexion. En quête de sens.

Je ne juge pas. J’observe.

J’ouvre peut-être simplement une porte. Un espace de réflexion plus large. Une invitation à regarder autrement ce qui ne sonne plus juste pour moi.


Alors thérapeutes, accompagnants, personnes en chemin,... quel est votre regard sur tout cela ?


Je serais profondément touchée de lire vos ressentis, vos expériences, vos questionnements.

Parce que peut-être que…c’est ensemble que nous redonnerons du sens à l’accompagnement.


Auréa Cherpion, hypnothérapeute ~ Le Chemin de Rhéa.



 
 
 

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